![]() Selon Corinne Lagrange, l'arbitrage féminin a des vertus apaisantes pour les acteurs du football. (Ouest-France) |
L'arbitrage féminin a-t-il un avenir ?18/02/2010 à 08h30 - Mag |
Mardi 9 février, une femme a arbitré un match de 2e division en Angleterre, une première dans l'histoire du football anglais. Cela a suscité un débat outre-Manche sur la possibilité de voir régulièrement des femmes arbitrer des hommes. Cet évènement n'est pas une première en Europe puisqu'en 2008, la même situation s'était produite en France, en Ligue 2. Corinne Lagrange, arbitre assistant en L1 et L2, a confié à Football.fr que les mentalités évoluaient dans le bon sens et se dit optimiste, même s'il existe des freins à l'émergence de sifflets féminins.
Amy Fearn est devenue la première femme à diriger un match professionnel de football en Angleterre, dans une rencontre de seconde division entre Coventry et Nottingham Forest (1-0), mardi 9 février dernier. Cette femme de 31 ans a fait une apparition de 20 minutes, remplaçant Tony Bates après que ce dernier soit sorti blessé. Si sa prestation fut sans polémique, cela a provoqué un vif débat outre-Manche: pour ou contre une femme arbitrant des hommes au plus haut niveau ?
Cette première en Angleterre nous amène à nous interroger sur la situation de l'arbitrage féminin dans le football professionnel en France. Or, dans ce domaine, l'Hexagone a devancé le pays inventeur du ballon rond. En effet, le même "accident", puisqu'une femme n'a arbitré qu'au prix d'une blessure de l'homme qui était titulaire, s'est produit en France il y a un an et demi, en Ligue 2 aussi.
Des femmes arbitres pour canaliser les joueurs ?
Vendredi 24 octobre 2008, Sabine Bonnin a dû suppléer, à la mi-temps d'Angers-Tours, l'arbitre central, Olivier Lamarre, victime d'un claquage. Les acteurs ont été ravis de l'expérience. David Leray, qui évolue encore au SCO, avait alors déclaré dans Ouest-France: "Être arbitré par une femme ne m'a pas dérangé du tout. Au niveau des réactions des joueurs, il y a eu sans doute un peu plus de respect lorsque l'on s'adressait à elle". Même Olivier Auriac, qui s'est pris le premier carton jaune de l'histoire de l'arbitrage féminin en France, a confirmé ces propos: "Devant elle, on a peut-être moins râlé qu'à l'accoutumée. Voilà sans doute la petite différence".
Même son de cloche du côté de Paul Alo'o Efoulou, désormais attaquant de Nancy: "Franchement, cela n'a rien changé. Tout est resté normal. Elle a arbitré comme il le fallait." Jean-François Rivière, aujourd'hui attaquant de l'AC Ajaccio, pense donc que "c'est un bon signe pour l'arbitrage !". Corinne Lagrange, arbitre assistant Fédérale 2, qui a officié en L1 et qui est en Ligue 2 cette saison, nous a confirmé cette vision: "C'est sûr que les joueurs protestent moins face à une femme, c'est une évidence". L'avantage majeur de l'arbitrage féminin par rapport au masculin est bien là. Au niveau de la psychologie, le fait de se retrouver devant une femme canalise les joueurs qui ont alors plus de retenue. Les contestations, qui sont une plaie dans le football, seraient à coup sûr bien moins nombreuses avec des femmes arbitrant dans notre championnat.
Les tests physiques, un frein à l'ascension des femmes
Cependant, ces dernières peinent à s'imposer. Nelly Viennot avait pourtant ouvert la voie en officiant en L1, de 1996 à 2007, aussi comme juge de touche, attirant même l'attention des médias internationaux quand elle fut choisie parmi 82 candidats pour participer aux épreuves de sélection des arbitres pour la Coupe du monde 2006. Elle fut finalement éliminée après un test de sprint. Une Française aurait ainsi été encore à l'avant-garde de l'arbitrage féminin. La vitesse est bien le problème majeur des femmes lorsqu'elles passent les épreuves physiques, comme l'a expliqué Corinne Lagrange à Football.fr: "Les tests d'endurance, ça va parce qu'on peut progresser en travaillant, mais la vitesse, on l'a ou on l'a pas. Et progresser en vitesse, c'est très difficile".
Ces épreuves demeurent donc un vrai frein à l'ascension des femmes au plus haut niveau de l'arbitrage. Mme Lagrange s'en explique: "Chaque année, les performances des tests des hommes s'améliorent. L'UEFA et la Fifa augmentent donc les exigences. Or, il est demandé aux femmes d'être au niveau des hommes dans ces tests". Mais selon notre arbitre, c'est aussi ce qui fait que les femmes sont de plus en plus acceptées dans le milieu, car comme nous l'explique Mme Lagrange, "si on évolue au niveau des hommes, il est normal que l'on doive faire les mêmes temps qu'eux". Cependant, la conséquence est inévitable: "Mais pour une femme, qui a moins de puissance et qui est un peu moins rapide, mettre les mêmes contraintes, au bout d'un moment, ça va les bloquer au haut niveau".
Néanmoins, Corinne Lagrange n'y voit pas une volonté délibérée de bloquer les sifflets féminins, d'autant qu'elle se sent très bien considérée au niveau des instances de l'arbitrage, et ce, "dès lors que l'on fait les mêmes tests que les garçons". Les mentalités évoluent donc dans le bon sens au sein du football français par rapport à la présence de femmes arbitres. Si bien qu'au quotidien, Mme Lagrange n'est plus victime de propos misogynes: "Il y en a eu quand on est arrivé. Je suis en fédération depuis 1995. Au début, c'était mal perçu par certains qui disaient que l'on prenait la place des garçons. Mais puisque l'on fait les mêmes stages, les mêmes tests qu'eux, il n'y a plus de soucis particulier".
Lagrange: "Tout est possible en France"
Cependant, les "femmes en noir" restent encore très peu nombreuses. "Je suis la seule en Ligue 2. Il y en a 2 ou 3 en National. Dans le circuit, il y a entre 6 et 10 filles. En CFA et CFA 2, des femmes arbitrent au centre, et elles aspirent à passer au niveau National". Bien que "cela reste quand même un milieu bien masculin", Corinne Lagrange répond positivement quand on lui demande si une femme pourrait être arbitre central un jour en Ligue 1: "Tout est possible en France. On a des jeunes qui arrivent et qui sont motivées. Mais ça demande des sacrifices car on est absent tous les week-ends. Mais la porte est ouverte". Dans une période où l'arbitrage peine à recruter de nouveaux sifflets, le sexe féminin pourrait se révéler précieux dans l'optique de renouveler les effectifs et recruter de nouveaux "hommes en noir". Cependant, au vu des performances physiques requises de plus en plus élevées et du peu de fille qui exerce en France, un PSG-OM dirigé par une femme n'est pas encore pour tout de suite.

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