![]() Jean-Pierre Bernès est devenu incontournable dans le paysage du football français. (Maxppp) |
Bernès, l'agent double21/01/2011 à 10h25 - Mag |
En cette fin de mercato hivernal, les agents de joueurs ont forcément du travail, que ce soit pour tenter de replacer leurs poulains ou pour renégocier des contrats. Mais parmi une profession très prisée où il est bien difficile de tirer son épingle du jeu, Jean-Pierre Bernès fait figure de ponte. L'ancien directeur général de l'Olympique de Marseille, puni dans l'affaire VA-OM, revit depuis plusieurs années et s'impose aujourd'hui comme un élément incontournable sur le marché. Les stars françaises, joueurs et entraîneurs, ne jurent que par lui..
Jean-Pierre Bernès ou l'exemple d'une reconversion réussie. Ancien homme fort de l'Olympique de Marseille dans les années 90, au côté de Bernard Tapie, l'homme avait ensuite plongé, miné par l'affaire VA-OM qui l'avait finalement envoyé en prison et avait brisé sa carrière. Au fur et à mesure des années, le natif de la cité phocéenne s'est reconstruit, mettant de côté ses difficultés psychologiques pour surmonter les obstacles rencontrés. Et au début des années 2000, un certain Alain Migliaccio, agent n°1 en France (il s'occupait notamment de Zinédine Zidane), lui remet le pied à l'étrier.
Les plus grands sous son aile
Et depuis, Bernès n'a fait qu'accroître son influence sur le football tricolore au point de s'occuper aujourd'hui des plus grands, qu'ils soient entraîneurs ou joueurs. Adil Rami, transféré du Losc au Valence CF, a été le dernier à avoir recours à ses services, mais Jimmy Briand, Samir Nasri, Jean Fernandez, Didier Deschamps, Laurent Blanc, Franck Ribéry, Christophe Galtier, Alain Perrin, Alou Diarra, Sébastien Squillaci ou Marc Planus font tous partie de la "famille Bernès".
"Moi, après tout ce qui m'est arrivé, quand j'ai voulu reprendre une activité il y a dix ans, j'aurais pu faire autre chose qu'agent de joueurs. Je suis diplômé en droit de Sciences Po, je pouvais bifurquer. Mais j'ai voulu revenir dans mon univers passion: celui du football. Je n'ai eu que ça dans ma vie, comme métier. L'agent a souvent une mauvaise image, celle d'un type qui gagne beaucoup d'argent facile. Et je n'ai pas honte de le dire: je gagne très correctement ma vie, mais c'est d'abord la passion qui me permet d'avancer. J'ai travaillé trente ans dans ma vie, de 1981 à aujourd'hui, et je n'ai travaillé que dans le football", spécifie l'ancien directeur général de l'OM dans une interview accordée au Figaro.
VA-OM lui colle à la peau
Pourtant, malgré cette réussite professionnelle qui lui sourit, Bernès a encore du mal à se défaire de l'étiquette de corrupteur qui lui colle encore à la peau depuis 1993. "Je n'aime pas revenir là-dessus, mais je n'y coupe jamais. L'affaire VA-OM, les condamnations, la prison, la radiation à vie, la dépression... J'assume tout, aujourd'hui. J'ai souffert, beaucoup souffert, avec toute ma famille. J'ai été massacré publiquement. J'ai écrit un livre là-dessus. J'ai remonté la pente à force de travail et de passion. Je le dis maintenant: j'apprécie d'être arrivé à redevenir quelqu'un qui compte dans le football français", affirme-t-il. Quelqu'un qui compte, donc qui dérange, et qui se retrouve inévitablement depuis quelques temps au coeur de différentes polémiques.
Son omniprésence auprès de bons nombres de joueurs de l'équipe de France lui a notamment valu d'être mêlé, de près ou de loin, au fiasco de Knysna. "C'est des conneries! J'ai fait un procès à Michel Moulin, qui avait écrit que j'étais à l'origine de la grève. Mais il faut être malade pour ça! C'est un type que je connais depuis quarante ans, Moulin. Je lui ai dit: "Comment tu peux me faire ça?". Je n'ai jamais été au courant de l'histoire du communiqué de grève", répond JPB à cette hypothèse.
Et l'OM dans tout ça? Le club de son coeur, sa ville, symboles de sa réussite comme de sa déchéances. A l'été 2009, au moment de célébrer l'arrivée de Didier Deschamps sur la Canebière, son nom est cité pour prendre la direction sportive du club, Jean-Claude Dassier le souhaitant à ses côtés, tout comme le successeur d'Eric Gerets, évidemment. Mais José Anigo, forcément fragilisé par cette option, fait front et obtient gain de cause. Bernès ne viendra pas, mais le voulait-il vraiment? "Gérer un club de foot est quelque chose qui me passionne. J'adore manager au quotidien, mais c'est une autre vie que celle que je mène actuellement. Même si mon métier d'agent est très prenant, il me permet de mieux gérer mon quotidien. Quand j'étais à l'Olympique de Marseille, j'étais débordé par le travail, débordé par Tapie... Tapie, c'était la pression quotidienne!", soutient le principal intéressé.
Conflits d'intérêts?
Et pourtant, ces derniers mois, Bernès a été soupçonné d'influencer la vie sportive de Bordeaux, puis Marseille, en qualité d'agent de Blanc et Deschamps. Ses détracteurs lui reprochent ainsi de chercher à faire signer, dans les clubs où "ses" entraîneurs officient, des joueurs dont ils s'occupent pour garnir un peu plus son portefeuille. ""Ce n'est que jalousie. Quand j'ai signé Batlles à Grenoble, j'ai dit au président: "Je ne veux pas de commission. Vous me la donnerez seulement si vous vous maintenez". Il n'en revenait pas, le Japonais! L'hiver dernier, j'ai proposé Menez à Bordeaux. Laurent Blanc n'était pas intéressé, je n'ai pas insisté. Que ce soit Perrin à Lyon, Blanc à Bordeaux ou Deschamps à l'OM, je n'ai pas placé un joueur à leur arrivée. Blanc, je pensais qu'il devait partir pour un grand club. Mais quand j'ai senti que son désir profond était de prendre la sélection, je l'ai incité à le faire, bien sûr", assurait il y a peu l'agent le plus médiatisé de l'Hexagone dans le JDD.
Mais malgré ces critiques et suspicions inévitables du fait de sa toute-puissance, JPB continue à tenter de faire au mieux avec la carrière de ses joueurs et entraîneurs. Une spécialité rare dans ce milieu, mais qui n'inquiète pas outre-mesure l'ancien bras droit de Bernard Tapie. D'autant que du travail, le Marseillais en aura encore beaucoup dans les semaines et mois à venir. Jean Fernandez arrive en fin de contrat à Auxerre, Alou Diarra souhaiter quitter Bordeaux, Samir Nasri fait tourner les têtes, ... Le football français n'est pas prêt de se défaire du nom de Jean-Pierre Bernès.

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