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La Ligue 1 affiche un déficit record pour la saison 2009-2010. (Reuters)
La Ligue 1 affiche un déficit record pour la saison 2009-2010. (Reuters)

Déficit des clubs français: Record battu!

28/08/2010 à 12h00 - Ligue 1

Chaque année la Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG) établit son rapport sur les finances des clubs professionnels français. L'Équipe a pu se procurer les premières conclusions de ce rapport, qui sera publié en fin d'année.
Et ces enseignements sont encore pires que ce qu'il était prévisible d'attendre. En effet, au début de l'été la LFP avait tiré le signal d'alarme en prévoyant un déficit cumulé L1 + L2 de 100 millions d'euros (voire 150). Il n'en sera rien! En fait, la perte cumulée des clubs professionnels s'élève à 180 millions d'euros pour la saison 2009/2010!


Il s'agit là du record absolu, dépassant celui de la saison 2002/2003, où les pertes cumulées s'étaient élevées à 167 millions. Une période noire que tout le monde croyait disparue. Depuis, les clubs français se sont rangés du côté de la vertu et présentent dans leur majorité des comptes équilibrés. Il est tout de même ironique de constater que ce déficit record du football professionnel français survient l'année même où l'UEFA, inspirée du modèle français, a lancé son grand projet de fair-play financier, selon lequel les clubs ne devront plus, à partir de la saison 2012/2013, dépenser plus qu'ils ne gagnent...

La faute à l'affaiblissement des "exportations" françaises

Dans ce chiffre faramineux de 180 millions d'euros, il est évident que c'est la Ligue 1 qui se taille la part du lion, avec 140 millions de déficit cumulés pour ses 20 clubs. La raison en est très simple: en cette période de crise la principale source de revenus des clubs français, après les droits télévisuels, est le produit de la vente de leurs meilleurs éléments. Or, la crise financière touchant tous les championnats, peu de joueurs de "gros" calibre ont été vendus par les clubs français la saison passée. Ils ne se sont par contre pas privés de casser la tirelire pour attirer des joueurs du calibre de Lisandro Lopez, Gabriel Heinze ou Lucho Gonzalez... Dès lors, le calcul est vite fait: si la balance des exportations est inférieure à celle des importations. Le déficit créé ne pouvant être comblé par les seuls droits télés: l'OM, champion de France 2009/2010, a gagné plus de 50 millions d'euros grâce à ce titre, mais avait dépensé au préalable une somme supérieure avec les arrivées de Lucho, Heinze, Mbia et Diawara, pour ne citer qu'eux.

Quel avenir pour les clubs français?

La situation est plus qu'inquiétante, dans la mesure où cet été encore les clubs français n'ont été que peu vendeurs sur le marché européen. Fort heureusement, la majorité du mercato a été franco-française (pour l'instant), mais l'avenir paraît sombre puisqu'il faudra, quoi qu'il arrive, ne plus compter sur l'exonération de 30% due aux droits à l'image, d'où des pertes financières encore plus importantes. La DNCG veille et risque fort de prendre des mesures drastiques dès cet automne et les premiers retards de paiement annoncés. Frédéric Thiriez, le président de la Ligue du Football Professionnel, ne s'y trompe pas en déclarant: "Même si le résultat net négatif du football français est à rapprocher des pertes individuelles de certains clubs anglais ou espagnols, à elles seules supérieures à notre déficit, et même si l'endettement des clubs français de 140 millions est à comparer aux trois milliards de dette cumulée des clubs espagnols ou aux quatre milliards du football anglais, il n'en demeure pas moins que la situation est alarmante."

Engager une réflexion en profondeur

Si l'on considère que l'UEFA sera en mesure de faire appliquer strictement le principe du fair-play financier dans trois ans, on est tout de même en droit de se demander si le football professionnel, en tant qu'activité économique à part entière, est viable en l'état. Ne faudrait-il pas plutôt engager une réelle réflexion sur son avenir, sur sa place dans l'économie en tant qu'activité spécifique, et surtout, sur la philosophie de ce spectacle qui ne peut être économiquement rentable pour tous les clubs, sauf à gagner un maximum de compétitions (cause directe de la course aux armements et de l'endettement croissant des grandes écuries européennes). En d'autres termes, le modèle européen est-il viable sous sa forme actuelle, et ne devrait-on pas explorer des pistes alternatives sur le modèle des ligues fermées américaines. Le football de haut niveau doit rester avant tout un spectacle, et pour qu'il soit de bonne qualité il est nécessaire d'avoir de bons artistes enrôlés dans les meilleures "entreprises de spectacle"? Pas sûr que le football soit perdant dans cette hypothèse...



La Rédaction
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