![]() Avec Mons, Jérémy Perbet a été le meilleur buteur français en Europe en 2011. (Eric Ghislain - La Province) |
Perbet: "Je suis ambitieux"10/01/2012 à 17h54 - International |
Inconnu du grand public, Jérémy Perbet, l'attaquant français du RAEC Mons, n'en a pas moins réalisé une année 2011 exceptionnelle. Meilleur buteur de l'actuelle Jupiler Pro League en Belgique avec 16 réalisations en 19 journées, l'ancien Clermontois et Strasbourgeois est pour beaucoup dans l'excellent parcours du club promu outre-Quiévrain (8e). Il est aussi le joueur français qui a inscrit le plus de buts sur le sol européen sur l'année civile écoulée. Retour sur le parcours atypique d'un joueur professionnel, bien loin des stars du ballon rond que sont par exemple Lionel Messi, triple Ballon d'Or, ou Cristiano Ronaldo en Espagne.
Football.fr : Jérémy, vous vivez actuellement une belle saison avec le RAEC Mons, club promu en Belgique et qui pointe actuellement à la 8e place du championnat après 19 journées, mais quel a été votre parcours avant cela ?
Jérémy Perbet : En fait, je ne suis pas passé par des centres de formation et je suis arrivé dans le milieu professionnel un peu par hasard. J'avais la possibilité plus jeune de partir (de France, ndlr) mais mes parents ont toujours privilégié les études. Du coup, j'ai passé un test à Clermont-Ferrand, qui était à l'époque en deuxième division, et ça faisait déjà deux-trois années qu'ils me voulaient. J'ai finalement fait un test avec les pros et ça s'est bien passé. Du coup, j'ai signé un premier contrat professionnel à 18 ans.
Vous êtes aussi passé par Strasbourg (lors de la saison 2006-2007 en Ligue 2, ndlr)...
J'ai fait deux années à Clermont, une année à Moulins en National où j'ai fini meilleur buteur (en 2006, ndlr) et après j'ai signé trois années à Strasbourg.
Ce n'était pas forcément la meilleure période du RCS, avez-vous gardé des regrets ou une certaine amertume de votre parcours en France ?
Un petit peu. Enfin, des regrets non ! J'ai aussi énormément appris. A l'époque, je ne connaissais pas grand-chose du milieu professionnel et des exigences que cela demandait pour briller ou faire une carrière pro. C'est sûr qu'en France, à part à Moulins où ça s'était bien passé, c'était un peu plus compliqué. Mais maintenant, je me connais mieux, je connais mieux mon corps, les exigences et les sacrifices que je dois faire pour avoir une vie de joueur professionnel. En clair, la Belgique m'a offert une deuxième chance que je n'avais pas forcément pu avoir en France. Même à l'époque de Strasbourg, on était 35 professionnels et il y avait eu une grosse pression pour remonter en D1. Moi j'étais jeune, j'avais 21 ans, c'était un peu compliqué. Ils avaient privilégié l'expérience. Je me sers de ce qu'il s'est passé avant, plutôt que d'avoir des regrets.
Vous vous êtes alors décidé à partir en Belgique, avec une première expérience en 2007 à Charleroi, pourquoi avoir opéré ce virage dans votre carrière ?
Charleroi me voulait déjà après ma saison de National mais j'avais opté pour Strasbourg. Je ne voulais pas forcément entendre parler de la Belgique tout de suite et puis, par l'intermédiaire de mon agent de l'époque, je me suis dit : 'pourquoi pas me relancer dans un championnat que je ne connaissais pas forcément, en D 1 !' A Strasbourg, c'était compliqué et puis j'en avais un petit peu marre de jouer en deuxième division, j'avais fait le tour et j'avais envie de tenter une expérience autre part, dans une D1 d'un autre pays. Et les quatre mois à Charleroi se sont bien passés. Je suis retourné ensuite à Strasbourg qui m'a prêté à Angers. Là, j'ai connu une grave blessure au genou qui m'a tenu éloigné des terrains pendant quatre mois. Et le fait d'avoir été à Charleroi, Tubize, qui était entraîné par le Français Albert Cartier, m'a contacté. Plutôt que de redescendre en D2 ou en National, j'ai carrément signé définitivement à Tubize.
Le championnat belge, c'était une belle découverte ?
Comme tous Français, on se dit que le championnat belge n'est pas d'un très bon niveau, etc. Et puis on s'en rend compte que c'est plus médiatisé qu'on ne le croit. Entre une D2 française et une D1 belge, il n'y a pas photo au niveau de l'engouement, du niveau, de la médiatisation. J'ai eu des opportunités à l'étranger que je n'aurais certainement pas pu avoir en D2 française et, finalement, on remarque avec les clubs de D1 belge, qui ont tous terminé premiers de leur poule de Ligue Europa, que c'est d'un très bon niveau. Ça a été un bon choix de venir.
Aujourd'hui, vous êtes à Mons, un club promu dans l'élite et qui est 8e de son championnat. Qu'ambitionnez-vous avec cette formation ?
C'est un peu compliqué car en Belgique il y a un système de playoffs. Notre objectif principal était le maintien et il est quasiment assuré, même si mathématiquement il nous reste trois points à prendre. Mais, l'objectif pour nous, c'est la Coupe de Belgique où on est en quarts de finale. On a gagné le match aller 3-1 contre une D3, parce que c'est en aller-retour, et il y a donc une belle possibilité d'aller en demi-finales. Ce serait éventuellement des rencontres contre des équipes classées un peu comme nous, de notre niveau. On a évité les deux-trois grosses équipes dans cette compétition. Notre objectif, c'est la Coupe de Belgique.
"Envie de marquer le plus de buts possibles"
Et au niveau individuel, un titre de meilleur buteur du championnat ?
Bien sûr. En plus, il y a ici un maillot un peu particulier quand on est meilleur buteur. On a un taureau floqué dans le dos. Je l'ai eu dès la 3e journée. C'est à partir de cette levée qu'on donne ce maillot-là et, du coup, je ne l'ai plus quitté. Ça se passe très, très bien. Je marque beaucoup de buts. Notre entraîneur ( Dennis van Wijk, ndlr) prône un jeu offensif. Donc oui, je suis ambitieux et j'ai envie de marquer le plus de buts possibles. Pour l'instant, j'ai six buts d'avance sur le deuxième. Je pense qu'il faudra encore marquer trois-quatre buts pour être sûr de terminer meilleur buteur. Mais bien sûr que c'est un objectif personnel qui me tient à coeur.
Pour en revenir au championnat belge, où en est-il aujourd'hui après les problèmes de corruption dont il avait été victime ? Cela s'est-il calmé ? A-t-il une meilleure image au niveau du public ?
C'est vrai qu'il y avait eu des problèmes avec la Louvière mais je n'en entends plus parler. Depuis que je suis ici, je n'ai jamais entendu parler de problèmes de corruption, de matches arrangés ou truqués. Ça s'est calmé.
Avez-vous le souhait de rebondir un jour en France ?
Moi, j'ai 27 ans et je fais une très, très bonne saison. Je ne me dis pas que j'aimerais jouer dans tel ou tel championnat. Je verrai les éventuelles offres qui arriveront avec la direction de Mons. Et il faut savoir qu'il y a six mois, mon transfert entre Lokeren et Mons a alimenté les journaux. C'était un petit peu difficile et finalement Mons m'a acheté pour 300 000 euros. Mais pendant deux mois, il y a eu des péripéties. C'était un peu devenu le film Jérémy Perbet. On parlait de moi tous les jours dans la presse... Donc, c'est sûr que repartir six mois après... Mais bon, dans le foot, on ne sait jamais ! En tout cas, je ne me fais pas une fixation de revenir en France pour prouver quoi que ce soit.
Vous êtes bien à Mons...
Je suis bien à Mons et, bien sûr, je suis ambitieux. J'espère que le club l'est aussi. Après, s'il y a une opportunité et que tout le monde s'y retrouve...
Avez-vous eu des contacts avec d'autres clubs cet hiver ?
Ça part un peu de partout. Il y a beaucoup d'appels. Maintenant, Mons a été clair sur le sujet dans les journaux ou dans la presse. Ils veulent absolument me garder jusqu'à la fin de saison, donc forcément il faudra mettre un prix très important si jamais il doit y avoir quelque chose. Ça fait peut-être peur aux clubs...
Sinon, aviez-vous remarqué que vous étiez le meilleur buteur français en Europe sur l'année 2011 ?
Non. J'ai plus remarqué le classement des meilleurs buteurs européens où j'étais en bonne place. Ça fait forcément plaisir. Quand on voit les noms à côté du mien, ce sont les meilleurs joueurs du monde. Ça fait parler de moi, de Mons, ça fait forcément plaisir...
"On ne fait pas le même métier"
Pas trop déçu donc de ne pas avoir été dans la liste des 23 joueurs pour le Ballon d'Or 2011 (rires)... ?
(Rires) Ça après, c'est autre chose...
Justement, Lionel Messi a obtenu lundi un troisième Ballon d'Or. Qu'en pensez-vous ?
Ce qu'il fait, c'est tout simplement exceptionnel. Je ne suis pas forcément très foot à la télé mais quand je regarde un match de Barcelone, on voit ce qu'il peut faire avec une telle facilité. C'est exceptionnel et il mérite largement ce troisième Ballon d'Or.
Pour vous, les Messi, Xavi ou Cristiano Ronaldo sont-ils des joueurs au-dessus du lot ? Des exemples peut-être ?
Pour moi, on ne fait pas le même métier, ils sont dans un autre monde et c'est un plaisir de pouvoir voir à la télé ce qu'ils font sur un terrain. Maintenant, des exemples, non pas forcément, car tous les joueurs sont différents. Mais ce sont de très bons joueurs.
Comprenez-vous le décalage, les différences entre les joueurs professionnels de cette catégorie et les autres, ceux qui peuvent jouer dans des championnats européens "secondaires" ?
Oui, tout est un peu démesuré dans le football. Quand on voit les salaires qu'il peut y avoir, même comparé à des personnes normales... Ça ne m'étonne même pas étant donné l'argent et la pression qu'il peut y avoir dans le foot. On vit avec, c'est comme ça.
Il n'y a pas une petite pointe de jalousie ou de regrets par rapport à votre année 2011 et ces joueurs qui évoluent dans d'autres sphères ?
Honnêtement, non. Je ne suis pas trop comme ça.
Pour finir, avez-vous pensé à demander peut-être la nationalité belge pour briguer une place en sélection avec les Diables Rouges ?
C'est vrai que je pourrais en faire la demande mais je ne me suis jamais posé la question. Je n'y ai pas trop réfléchi. Ça ne me vient pas à l'esprit et cela m'étonnerait que je le fasse.
Avez-vous été courtisé par le sélectionneur ou ses adjoints ? Pensez-vous que ce serait réalisable ?
En général, le meilleur buteur d'un championnat est souvent appelé en équipe nationale donc oui, il y a certainement une possibilité. Mais je n'ai aujourd'hui pas eu de contacts.

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