![]() Omar Da Fonseca parle de choc en Argentine après la sortie de route de l'Albiceleste. (Reuters) |
Da Fonseca: "Une espèce de dégoût, de rage"22/07/2011 à 18h44 - Copa America 2011 |
Consultant Football.fr, Omar Da Fonseca, l'ancien attaquant argentin qui officie désormais sur Canal+, nous accompagnera tout au long de la Copa America 2011 en Argentine pour livrer ses impressions après chaque journée. L'ancien attaquant de Monaco est déçu de voir le Paraguay, qui n'a proposé que très peu de jeu, rallier la finale contre l'Uruguay. S'il explique également les raisons pour lesquelles les Argentins pourraient bien supporter les Guaranies, il souhaite aussi une nouvelle formule avec plus d'équipes en compétition.
Omar, n'est-ce pas insensé de retrouver en finale de la Copa America une équipe, le Paraguay, qui n'a pas gagné le moindre match avant la fin du temps réglementaire dans cette compétition?
Pour le sport et le football, je n'aime pas ça. Je ne suis pas d'accord. Si on calcule bien avec ces résultats nuls, le Venezuela, l'Argentine ou même le Brésil ont fait plus de points. Dans la gestion d'un match, le Paraguay, à l'exception de la première période contre le Brésil, a fait preuve de discipline, d'organisation, de structure. Mais je dis que c'est une vision économique et assez conservatrice du football. C'est évident que de défendre un but, mettre par exemple deux joueurs à caractère défensif au lieu d'un seul, est plus accessible. Et se contenter de dire que c'est parce qu'on connait ses limites et qu'on fait avec ce qu'on a, moi, je suis contre. Le football, et le sport en général, doit véhiculer l'ambition, la générosité et le risque, malgré tous les malheurs dans notre existence. Essayer de gagner un match, de faire le jeu. Mais ils ont encore été favorisés par les séances de tirs au but qui leur ont réussi. Ils ont fait preuve de discipline, de rigueur et ont été récompensés.
"Des équipes plus calculatrices"
Mais pourtant, ils ont quand même des joueurs comme Barrios, Valdez, Estigarribia ou Santa Cruz pour faire le spectacle. Est-ce donc simplement une vision, une philosophie d'un sélectionneur?
C'est un groupe qui est basé sur la discipline même s'ils ont des attaquants de talent. Sur le plan offensif, on peut quand même penser que, sur le papier, ils sont inférieurs à l'Argentine, au Brésil, à l'Uruguay, voire même à la Colombie. Mais dans ce genre de tournoi, plein de choses entrent en compte. On ne peut pas cataloguer le sélectionneur (Gerardo Martino, ndlr) comme un entraîneur défensif mais ils se sont confortés dans cette stratégie après le premier match contre le Brésil. Ils étaient pas mal, ont marqué deux buts mais se sont fait reprendre. Après, ils ont surtout tenu les résultats en ayant les fesses un peu plus serrées.
Que penser du niveau de cette Copa America 2011? Comment expliquer ce nombre incroyable de surprises dès les quarts de finale, notamment par rapport à un Euro ou une Coupe du monde?
Je ne pense pas que ce soit faible. Le constat est que cette compétition arrive au moment le plus pénible de la saison. C'est une épreuve qui se joue l'hiver alors que les joueurs évoluent tous en Europe. C'est l'hiver, on est tous un peu fatigués. Même nous, quand on commence le match (Omar Da Fonseca commente les rencontres sur Canal Plus, ndlr), on est un peu "lourdeaux". On n'est pas dans l'activité car le froid fait serrer les dents. Ça devient aussi beaucoup plus compliqué de faire la différence. Les équipes sont plus défensives, calculatrices. Un seul peut le faire, c'est Messi et les autres se demandent comment faire pour l'arrêter. On ne se demande pas comment produire du jeu, déstabiliser l'adversaire, être plus performant, mais comment arrêter l'adversaire, le contrôler. On analyse, on supervise. Tout le monde aujourd'hui en est au même stade à ce niveau-là. Toutes les équipes se connaissent.
Uruguay-Paraguay, cette rencontre a-t-elle une histoire particulière en Amérique du Sud?
C'est un peu moins fort qu'un Argentine-Uruguay. Mais les deux pays (l'Uruguay et le Paraguay, ndlr) se réclament de la tribu Guaranies. Ils disent que ce sont un peu des frères séparés. Mais au niveau du football et de l'adversité, ce n'est pas le même impact que lorsque l'Uruguay joue contre le Brésil ou l'Argentine. L'Uruguay fait vraiment de l'ombre à ces deux pays-là. Mais, en même temps, cette finale va être un derby. Je pense que l'Uruguay va jouer pour gagner cette finale, avec de l'ambition. Elle doit avoir l'ambition de la gagner alors que le Paraguay va continuer à faire ce qu'il fait depuis le début et ce qu'il a fait lors des trois derniers matches contre le Brésil et même le Venezuela (à deux reprises, ndlr) qu'on n'attendait pas: se contenter d'attendre, ne pas se livrer, avancer dans le temps et attendre des "imprévus". Ce n'est pas une équipe qui va faire du jeu. L'Uruguay a des joueurs matures pour prendre le jeu à son compte avec les Diego Lugano, Arevalo Rios, Edinson Cavani, Diego Forlan ou Luis Suarez. Ils ont un impact et l'habitude de la pression. On peut leur donner une certaine crédibilité.
Les Argentins s'intéressent-ils encore à leur Copa America depuis l'élimination de leur équipe?
Non. Beaucoup moins. Déjà, dans les journaux et à la télévision, on commence à parler à 80% du championnat local. Ils vont s'attarder un peu sur la finale mais l'élimination a été un choc. Il y a une espèce de dégoût, de rage. Je pense qu'ils vont écarter Batista. Ils sont en train de parler de la suite à donner à cette sélection, comment elle devra jouer pour éviter un gâchis alors qu'elle a le meilleur joueur du monde. On a une génération d'attaquants mais on n'a pas d'équipe.
"Trouver une autre formule"
En cas de succès, l'Uruguay pourrait prendre la tête sur l'Argentine au nombre de victoires finales dans cette compétition, cela exacerbe-t-il la rivalité sportive entre les deux pays?
La rivalité et l'adversité est beaucoup plus importante avec l'Uruguay. Ils vont regarder le match à la télé car à Mendoza, il n'y avait déjà plus beaucoup d'Argentins dans le stade, et peut-être qu'ils vont le regarder d'un bon oeil si le Paraguay gagne. En plus, c'est un sélectionneur argentin.
Que pensez-vous de la proposition d'étendre la Copa America à l'Amérique centrale et l'Amérique du Nord?
Pourquoi pas. Je suis ouvert, quitte à faire des qualifications avant ou de les lier à celles de la Coupe du monde. Il faudra trouver une autre formule mais, en octobre, les sélections repartent pour les qualifications du Mondial même s'il n'y aura pas le Brésil (qualifié d'office en tant que hôte de la Coupe du monde 2014, ndlr). Je crois qu'ils seront 9 avec, donc, 16 matches à disputer. C'est complexe. Ce n'est pas évident de rassembler, trouver des dates. Ce serait bien que la formule soit plus naturelle et qu'il n'y ait plus de meilleurs troisièmes. Ce serait bien de trouver 16 équipes. Mais est-ce qu'ils pourront faire des éliminatoires? En plus, la Copa America, c'est toute l'Amérique, pas seulement l'Amérique du Sud. Ce n'est pas la "Copa America del Sur". Le système idéal serait 16 équipes mais, de là à trouver la bonne formule...
Quel est votre pronostic pour cette finale entre l'Uruguay et le Paraguay qui se disputera dimanche?
L'Uruguay.

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