![]() Omar Da Fonseca estime que l'Uruguay fait un beau vainqueur de la Copa America 2011. (Reuters) |
Da Fonseca: "Des histoires d'intérêts"27/07/2011 à 20h32 - Copa America 2011 |
Consultant Football.fr, Omar Da Fonseca, l'ancien attaquant argentin qui officie désormais sur Canal+, nous a accompagnés tout au long de la Copa America 2011 en Argentine pour livrer ses impressions après chaque journée. L'ancien attaquant de Monaco revient pour finir sur la victoire finale de l'Uruguay, qu'il juge comme une bonne chose, et sur les joueurs qui l'ont marqué pendant la compétition. Enfin, il livre son point de vue sur la succession de Batista à la tête de l'Albiceleste et sur l'avenir de Javier Pastore, le meneur de jeu de Palerme, en Europe.
Football.fr: Omar, la Copa America est désormais terminée, l'Uruguay fait-il un beau champion selon vous?
Omar Da Fonseca: Oui. Maintenant qu'on fait le constat des choses, c'est une équipe qui est toujours considérée comme une formation qui met des coups ou des taquets et qui se revendique de la tribu Charrua. On parle tout le temps de la "garra". Ils l'ont fait mais, à la limite, ils jouent aussi au football avec des mecs comme Cavani, Suarez, Forlan, Alvaro Pereira ou Maximiliano Pereira. Quelque part, en dehors des défenseurs centraux (Coates, Lugano, ndlr) ou du milieu défensif Diego Perez, le reste joue. C'est un peu le complément idéal dans le football, ce que j'aime beaucoup. Les deux défenseurs centraux et le milieu défensif ont 70-80% des moyens défensifs. Après, c'est presque l'inverse. Il faut qu'il y ait 60-70% de qualités de footballeur. Par exemple, Alvaro Pereira, on l'appelle le "Palito" en Argentine parce qu'il est tout maigre. Il n'a même pas de mollets! C'est un cure-dent avec de la peau! Ils ont fait ce mélange de caractère, de personnalité, d'agressivité défensive, tout en ayant une philosophie de jeu. Et ça, cela profite au football. Ils ont trois, voire quatre joueurs offensifs, et tout le monde s'est demandé comment Oscar Tabarez pourrait faire jouer ensemble ces trois avant-centres. En Argentine, on a été incapable de faire ça. Et ils ont cassé les pieds à Tabarez pour qu'il sélectionne Santiago Silva qui joue au Velez Sarsfield et avec lequel il a été très bon. Et lui a dit: "Non, ces trois-là, ils vont jouer, je vais les faire jouer ensemble. Et les autres devront faire les tâches défensives, se replier, venir défendre et couvrir certains zones. Tout le reste de l'équipe va essayer de compenser." Il les a fait jouer. Dans le foot, beaucoup de schémas et de systèmes sont parfois trop rigides. Cavani a joué par moment ailier droit, Forlan a parfois joué meneur de jeu parce qu'il savait que Suarez était le leader, le chiffonnier.
"J'aurais rêvé de ce cadre-là avec l'Argentine"
On dit que la finale Uruguay-Paraguay a un peu sauvé la compétition. Cette finale vous a-t-elle réconcilié avec le football?
Oui. Les critères étaient remplis: le stade était plein, l'ambiance magnifique, avec plein de supporters, et c'était l'après-midi avec un beau soleil. J'aurais rêvé de ce cadre-là avec l'Argentine, au Monumental. Moi j'y étais en 1978, j'étais au stade donc... Du point de vue de la compétition, je pense qu'on peut être content car, dès le départ, c'est l'équipe qui voulait le plus gagner, qui avait le plus d'intentions, qui a proposé des choses pour gagner, qui s'est imposée. Ça ne réussit pas toujours. C'est ça le football mais, cette fois-ci, ça a fonctionné. Que les choses qui ont été mises en place s'accomplissent, il faut le souligner, le valoriser. La finale, ça été un peu la bonne chose par rapport à une compétition qui s'est jouée en hiver, avec des joueurs fatiguées et des équipes qui cherchaient surtout à neutraliser l'adversaire.
Si vous deviez ressortir un joueur qui a marqué cette compétition, qui choisiriez vous?
Suarez et, encore une fois, le football néerlandais. Aujourd'hui, il est à Liverpool mais le véritable risque, c'est l'Ajax qui l'a pris en allant le chercher en Uruguay. Après, il y a eu de bons joueurs comme les arrières latéraux colombiens que sont Armero ou Zuniga. J'ai beaucoup aimé le Vénézuélien Rincon, qui joue à Hambourg, malgré ses cartons rouges. Je le connaissais déjà un petit peu mais je me dit que ce mec-là peut jouer dans un grand club même s'il a parfois des excès de tempérament. Il a le sang chaud mais il sait tout faire. Moi, je suis toujours dans le compromis. C'est vrai qu'un milieu défensif doit mettre des taquets, mais il doit aussi savoir faire un contrôle, une passe, avoir une vision du jeu. Moi, le mec qui ne sait que tacler, je trouve ça réducteur et limité, comme le mec qui ne fait que jouer au foot. Mais Suarez, et Forlan aussi. Forlan a eu un rôle un peu plus ingrat dans cette équipe parce qu'il a été obligé de s'accommoder d'une position par rapport à Cavani et Suarez. Mais il montre en même temps tout son éclat et sa classe. Jamais, on ne l'a vu se plaindre ou faire un mauvais geste. Il faut valoriser cela. Ce sont des exemples même si ce n'était pas évident de l'emporter. Tabarez aussi. Quand il était en Argentine, il a été viré comme un chien. C'est un mec qui a été assez critiqué, en Italie aussi. Mais il est simple, il relativise, parle du football comme un jeu. Et puis c'était une victoire aux couleurs de l'Argentine (rires).
Sergio Batista a dit qu'il acceptait la résiliation de son contrat, sans se battre. Sa démarche vous a-t-elle surpris?
Démissionné, viré... Je pense qu'il a eu des pressions et qu'ils l'ont fait démissionner. Mercredi, jeudi dernier, tout le monde disait déjà qu'il allait être viré. Ensuite, des accords ont été trouvés pour qu'il démissionne. Mais les mots "viré", "démissionné"... Ce qui est sûr, c'est qu'il n'est plus l'entraîneur. Mais le problème est beaucoup plus profond. En Argentine, on n'essaie pas de trouver une identité...
Justement, c'est le quatrième entraîneur argentin en cinq ans qui quitte ses fonctions. L'Albiceleste voit-elle trop à court terme?
Non, ce n'est pas qu'elle voit à court terme, c'est qu'elle ne voit pas du tout! C'est une façon de fonctionner. On essaie de protéger les dirigeants, ceux qui sont en place. On essaie de se couvrir. On dit souvent que l'Uruguay est une Province de l'Argentine. Au départ, c'en était un état. Après, il y a eu la guerre, etc. On parle de la même façon, on chante, on danse pareil. Mais autant les Uruguayens ont gardé une ligne de conduite dans la formation, la production de joueurs, autant en Argentine, on est entré dans une situation de conflits d'intérêts: "Si celui-ci arrive, je pourrais garder mon poste, etc." On est dans des méthodes qui n'ont rien à voir avec le football. Ce sont des histoires d'intérêts, de personnes, de protagonistes, d'ego... Que ce soit les médias, Grondona (le président, ndlr), Bilardo (le DTN, ndlr)... Les moins de 17 ont été éliminés, je ne sais pas ce que vont faire les U20 mais, plus ça va, moins il y a de productivité de joueurs, moins il y a de joueurs qui sortent. Certains partent en Europe mais reviennent pratiquement aussitôt. On est dans une situation limite. On ne s'occupe plus de football, on ne fait plus de joueurs...
"Les abonnements pourraient exploser"
Mano Menezes semble plus tranquille pour construire son projet avec le Brésil. Trouvez-vous ça logique?
Dans la logique, c'est bien. A travers Menezes, il doit y avoir un style, une façon de jouer, une façon de faire. Et je pense que les dirigeants et l'entourage doivent être d'accord avec ça. L'entraîneur doit d'abord donner une spécificité de jeu, des choix de joueurs. Dire qu'on veut par exemple un arrière gauche qui soit gaucher pour mettre des centres, etc. Il faut donner des lignes de jeu, de préparation. Le Brésil est un pays de connaisseurs et je pense que ce que propose Menezes est clair. Après, il y aura forcément un tir sur le poteau qui rentrera ou non... En tout cas, il remplit des critères d'identité que veut le peuple brésilien.
Y a-t-il un entraîneur privilégié par l'AFA pour succéder à Batista?
Je pense que ça va être Alejandro Sabella, l'ancien entraîneur d'Estudiantes. Parce que c'est un ami de Bilardo. Mais Bilardo, j'ai du mal à comprendre son positionnement et comment il fonctionne. Quand Maradona est parti, il est avec lui... Mais vu comment ça se passe, je dis que ça va être Sabella.
On sait qu'à l'époque, Javier Pastore avait fait un essai à Saint-Etienne à votre initiative. Aujourd'hui l'Europe se l'arrache, avez-vous des informations sur le sujet?
Ils disent que c'est presque sûr qu'il va partir de Palerme. Pour moi, voir un joueur de cette dimension, de cette taille, de cette technique à Paris, les abonnements pourraient exploser. C'est le type de joueur qui va donner une autre dimension au PSG, permettre au club de jouer la Ligue des champions, d'autres titres. On m'avait dit à l'époque qu'il n'était pas assez physique. Heureusement encore que l'aspect technique entre en compte. C'est bien pour le football.

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