![]() Henry, sourire ironique aux lèvres, applaudit le public du Stade de France qui le siffle. (Maxppp) |
Henry inhibe-t-il les Bleus?04/03/2010 à 22h24 - CM 2010 |
Mercredi soir, si l'équipe de France a pris une leçon d'espagnol au Stade de France, d'autres enseignements doivent être tirés de la copie rendue par les Tricolores face à la Furia Roja. Ainsi, au regar du regain de forme affichée en fin de rencontre par les Français, la place de Thierry Henry dans le onze titulaire est plus que jamais remise en cause puisque sa sortie du terrain a malheureusement coïncidé avec une animation offensive plus aboutie. Et si "Titi" était devenu presque gênant?
Pourquoi le football français a-t-il autant de difficultés à tourner la page de France 98? Douze ans après ce fabuleux succès en Coupe du monde, l'équipe de France semble traîner comme un boulet ce qui représente la plus belle page de son histoire et les quelques survivants de ce temps pourtant révolu ne sont plus les héros qu'ils étaient.
Ne pas suivre Desailly, Sagnol ou Thuram...
Ainsi, mercredi soir, sur la pelouse d'un Stade de France pourtant chargée de belles histoires pour lui, Thierry Henry est sorti sous une bronca à la 64e minute de la rencontre amicale contre l'Espagne. Le principal intéressé aurait-il pu croire cela douze ans plus tôt, alors qu'il trépignait d'impatience sur le banc de touche, attendant le coup de sifflet final de l'ultime rencontre du Mondial 1998 contre le Brésil (3-0) pour exulter? Sans doute pas...
Et pourtant, comme d'autres avant lui, le champion du monde 1998 semble être proche du divorce avec les Bleus. Ce qu'avaient réussi à éviter Laurent Blanc, Didier Deschamps, Bixente Lizarazu, Robert Pirès ou autre Zinédine Zidane, à savoir une sortie sans avoir tiré sur la corde et participé aux matches de trop, "Titi" ne paraît plus pouvoir y couper. Comme Marcel Desailly ou Lilian Thuram, qui n'avaient que trop montré leurs limites, respectivement lors de l'Euro 2004 et de l'Euro 2008, avant de quitter la sélection nationale loin de leur gloire passée, l'ancien Gunner pourrait connaître pareille mésaventure, faute d'un niveau de jeu suffisamment bon pour pouvoir porter ses partenaires.
Intronisé tout naturellement patron de la génération 2010, au regard de son expérience et de son vécu, mais aussi des difficultés que rencontre Patrick Vieira dans sa carrière depuis deux ans, le gamin des Ulis ne semble pas avoir les épaules pour être le leader qu'attend le groupe France pour s'envoler sereinement vers l'Afrique du Sud en juin prochain.
Prise de pouvoir usurpée?
Pourtant, en interne, Thierry Henry a tout fait pour s'imposer comme le successeur de "Zizou", qui avait su lui, rester un leader technique jusqu'au bout malgré le poids des années. A 32 ans, le Blaugrana est rentré dans le rang et sa mise à l'écart du côté de la Catalogne a éclaté au grand jour du public français mercredi soir. Durant l'heure qu'il a passé sur le terrain, Henry n'a effectué qu'une seule accélération, face à Sergio Ramos, pour pousser finalement le cuir en touche. Pour le reste, tout n'a été que contrôles ratés, mauvais positionnement, position trop axiale, travail défensif inexistant...
Véritable monument du football tricolore, que l'on aime ou pas le personnage, le n°12 français se dirige tranquillement vers la sortie. Sans doute d'ailleurs trop lentement pour l'équipe de France, qui compte pourtant en son sein des joueurs en meilleure forme, comme Franck Ribéry ou Florent Malouda, forcément plus efficaces et travailleurs dans le couloir gauche que notre "Titi" national, qui paraît maintenant dormir debout.
Ou l'on reparle inévitablement de France 98 et des relations conflictuelles qu'entretient le sélectionneur national avec cette génération dorée depuis quelques années. En effet, inutile de préciser que, si Henry est aujourd'hui encore un titulaire incontournable de l'équipe de France, et le sera sans doute malheureusement lors de la Coupe du monde en Afrique du Sud, c'est que Raymond Domenech n'a pas le courage de s'affirmer et mettre le capitaine sur le banc des remplaçants. Vous avez dit passe-droit?
Sans nul doute. D'autant que, dans un passé encore récent, l'ancien boss des Bleuets s'était déjà montré aussi "faible" face à un Willy Sagnol fantomatique lors de l'Euro 2008, ou à Lilian Thuram lors du même tournoi continental. Lors de sa prise de fonction en 2004, il avait voulu jouer au dur en invitant Zidane, Pirès, Makelele, Thuram et autre Giuly à oublier l'équipe de France pour finalement revenir chercher les plus importants, presque en rampant, pour qu'ils jouent les tauliers lors du Mondial allemand en 2006.
Domenech dénué d'autorité?
Depuis, Raymond Domenech a, en quelque sorte, perdu toute légitimité et autorité auprès des vieux briscards de l'équipe de France, dont Thierry Henry. L'ancien joueur de la Juventus de Turin domine son sélectionneur, qui n'ose pas lui signifier que ses performances ne sont plus du niveau attendu à l'échelle internationale. Et, pendant ce temps-là, Franck Ribéry continue d'être réfréné à droite, Florent Malouda ronge son frein sur le banc de touche, laissant à sa majesté Henry le droit d'exister sur le rectangle vert.
Et la seule présence du Blaugrana semble presque handicaper le collectif français, qui n'a pas réussi à construire une véritable attaque placée face à l'Espagne mercredi soir en sa présence. A l'inverse, après sa sortie, remplacé qu'il a été par Sidney Govou, le secteur offensif tricolore s'est enfin montré un peu plus incisif. Yoann Gourcuff a semblé se réveiller, Franck Ribéry a retrouvé ses marques à gauche avant de laisser sa place à Florent Malouda...
Une équipe de France presque aux deux visages, qui n'est pas sans rappeler le passage de Thierry Henry à Arsenal. Depuis son départ de Londres en 2007, Emmanuel Adebayor d'abord, puis Robin van Persie ensuite, ont semblé pouvoir s'épanouir plus sereinement du côté de l'Emirates Stadium après le transfert de la légende vers le Barça. Thierry Henry n'en restera pas moins un footballeur hors-norme qui marquera à jamais le football français, mais il n'est plus que l'ombre de l'attaquant pétri de qualités qu'il fut. Et, même s'il serait triste de voir partir un tel monument sans qu'il reçoive l'hommage qu'il mérite pour l'ensemble de sa carrière, l'équipe de France n'a pas à payer les pots cassés.

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