![]() Vicente del Bosque a réussi son incroyable pari en emmenant l'Espagne sur le toit du monde. (Reuters) |
Del Bosque, en toute discrétion13/07/2010 à 20h32 - CM 2010 |
Sa tâche était loin d'être évidente. A la suite de l'Euro 2008, Vicente del Bosque prend en main une sélection espagnole championne d'Europe, et se voit de facto léguer un héritage délicat à assumer. En deux ans, son travail à la tête de la Furia Roja a pourtant fini de convaincre les plus sceptiques, à commencer par son prédécesseur, Luis Aragonés. Et le sacre de l'Espagne en Afrique du Sud est le couronnement ultime de sa méthode, emprunte de tact, de sobriété et de discrétion.
Le personnage renferme une certaine part de mystère. Humble en toutes circonstances, affable avec les médias, avocat patenté de ses joueurs, Vicente del Bosque cultive une image mesurée et pleine de pudeur. Ayant pris les destinées d'une sélection triomphante en 2008, l'ancien entraîneur du Real Madrid n'avait que peu de marge de manoeuvre. Fidèle à la ligne de conduite instaurée par Luis Aragonés, sans toutefois déroger à ses principes, il est parvenu à mener l'Espagne sur le toit du monde.
Une continuité parfaitement gérée
A l'issue de la grande finale face aux Pays-Bas, Vicente del Bosque jouait la carte de la modestie: "Cette Coupe du monde découle de ce que nous avons fait en 2008", attestait-il. "C'est la continuité et la continuation de joueurs qui étaient déjà dans cette équipe. Nous avons reçu un très bel héritage, et nous avons tenté de le respecter. Nous avons simplement suivi les lignes de ce qui avait été fait auparavant. Nous avons seulement fait entrer quelques joueurs pour donner de la fraîcheur au groupe". Pourtant, celui qui a mené la Furia Roja à 31 succès en 33 rencontres depuis sa prise de fonctions en 2008, a sans doute tort de ne pas s'attribuer une part du mérite dans cette glorieuse réussite.
Car sa mission était loin d'être aisée. L'équipe espagnole avait atteint, lors de l'Euro disputé en Suisse et en Autriche, des sommets en termes de qualité footballistique. Si Del Bosque pouvait, il est vrai, se reposer sur une ossature déjà en place, et comptant parmi les meilleurs éléments à leur poste au monde, il lui fallait prolonger cet héritage, et répondre aux attentes et aux exigences de plus en plus élevées au pays. Luis Aragonés, qui n'a jamais caché son inimitié pour son successeur, était le premier à fustiger la sélection à l'issue du premier tour, marqué par la défaite inaugurale contre la Suisse (0-1): "L'Espagne n'a pas été à la hauteur depuis le début de la compétition. Il lui a manqué de la vitesse et de la possession de balle", déclarait-il dans les colonnes de Marca. Fidèle à lui-même, Del Bosque ne s'est jamais affolé, faisant preuve d'une foi absolue en ses protégés.
Un chemin parsemé de succès
Le succès de la Furia Roja a confirmé, si besoin en était, les compétences tactiques et la science du jeu qui caractérisent le technicien espagnol. S'il n'est pas un adepte de l'attaque à outrance, s'il préfère régulièrement adapter des schémas privilégiant un milieu récupérateur solide associé à une défense de fer, les faits lui ont souvent donné raison. A l'époque où il officiait sur le banc du Real Madrid (1999-2003), il est le seul à être parvenu à faire évoluer les Galactiques avec succès, en faisant notamment de Claude Makélélé une pièce maîtresse de son dispositif. Sous ses ordres, les Merengues ont remporté deux Ligue des champions (2000, 2002) et deux championnats d'Espagne (2001, 2003). Jugé trop peu charismatique, il est éjecté par les dirigeants de la Maison Blanche en 2003.
A la tête de la sélection nationale, l'ancien milieu défensif international a reconduit ses principes, n'hésitant pas à insérer le duo Busquets-Xabi Alonso à la récupération, quitte à laisser Cesc Fabregas sur le banc. Si l'Espagne n'était pas l'équipe flamboyante de 2008, faisant preuve de moins de verticalité dans le jeu et d'une inspiration offensive inférieure, elle est finalement parvenue à triompher dans la plus prestigieuse des compétitions, en montant continuellement en puissance durant le tournoi. Surtout, cette équipe a su faire preuve d'une force de caractère insoupçonnée, inspirée par un homme intelligent, tant dans la mise en place tactique que dans la gestion humaine. Un Vicente del Bosque qui, au travers de ce succès méritoire, a sans doute définitivement gagné le respect de ses pairs...

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